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11/03/2011

Interview sur les origines de Sant-Nazer

 

Pour des raisons de place cette interview publiée dans l'édition de Sant-Nazer de Ouest-France du 10 mars a été réduite. Voici la version d'origine.

Pourquoi contestez-vous systématiquement l'appellation Petit Maroc ?

Cette appellation est apparue vers 1930 avec la présence de pécheurs de Douarnenez qui allaient sur les côtes du Maroc. Elle est encore anecdotique dans les années 1950. Les Nazairiens appelaient jusqu'à la 2e guerre mondiale la ville d'origine : le Vieux Saint-Nazaire, en opposition à la ville nouvelle qui s'est développée à partir de 1860. L'imposition d'un nouveau nom pour le quartier historique de Saint-Nazaire ne date que des années 1980. Ne reconnaître le quartier du port que sous cette nouvelle dénomination nous rappelle le: « Du passé faisons table rase ». Cela n'aide pas à comprendre l'histoire et l'évolution de la ville. Le rocher de Saint-Nazaire a une très longue histoire, du camp celtique au fort gallo-romain avec la présence précoce de soldats bretons venus de l'actuelle Grande-Bretagne. Avec la montée en puissance de l'État breton, un fort y est érigé. Il aura son heure de gloire en 1380 quand Jean d'Ust au nom du duc de Bretagne repousse une flotte castillane alliée du roi de France. Les Nazairiens reconnaissants donnèrent son nom à une rue, rebaptisée en 1953: « Avenue de la République ». Au XIVe siècle, le bourg de Saint-Nazaire se déplace du plateau nazairien - où se trouve le Ruban bleu - vers le rocher pour répondre au développement maritime breton. Durant des siècles, ce petit centre urbain quasiment insulaire, qui est le 3e de la presqu'île guérandaise par son importance démographique, vit de et par la mer. Ne faire référence qu'au proche passé de « village de pécheurs » à travers le Petit Maroc jette un voile sur plus de 2000 ans d'histoire et accrédite la thèse d'une ville sans passé ancien. La richesse archéologique de Saint-Nazaire ne peut être également indéfiniment ignorée des aménageurs comme cela s'est passé au Ruban Bleu où se trouvait la basilique gallo-romaine. Comme le constate l'historien André Daniel, avec les bouleversements urbanistiques actuels: « les dernières fondations des Saint-Nazaire d'autrefois disparaissent dans les gravats et les déblais ».

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Le nom d'un quartier ne peut-il évoluer au fil du temps ?

On peut garder la mémoire du nom Petit Maroc sans pour cela gommer celui de Vieux Saint-Nazaire, même s'il n'existe plus en raison des bombardements et surtout de sa destruction totale lors de la Reconstruction. Faire évoluer ce quartier, c'est aussi lui rendre son âme en pensant son animation et en respectant son caractère maritime et breton dans les opérations immobilières. Pourquoi ne pas réfléchir à un parcours historique dans un quartier qui porte la marque de l'histoire de Bretagne avec le Fort de Jean d'Ust, le débarquement espagnol pour soutenir la Ligue de Bretagne en 1590, la conspiration de Pontcallec en 1720 ou le passage d'un prince écossais en 1745. Nos amis britanniques sont étonnés de ne pas trouver dans la « vieille ville », comme ils disent, un parcours d'interprétation de l'Opération Chariot ( le raid britannique du 28 mars 1942 ). Il est aussi essentiel de conserver une activité industrielle autour du bassin. Le port c'est l'identité de la ville tout autant que la Navale.

Sant Nazer litho Pequignot Nantes.jpgPeut-il y avoir eu confusion avec la présence d'un rocher, «Roch» en Breton ?

Tout d'abord, il faut dire que nous avons un « écran noir » de plusieurs siècles dans cette immensité médiévale d'où émerge ça et là quelques écrits. La grande vitalité de la langue bretonne durant des siècles a fortement marqué la toponymie locale. L'hypothèse que le mot "Roc'h" serait à l'origine de Ti ar roc'h ( la maison du rocher ) ou Ti war roc'h ( la maison sur le rocher ) est certes séduisante mais n'est pas prouvée scientifiquement. La présence attestée sur le rocher au Ve siècle du roi breton Waroc'h, dont le royaume s'étendait de l'actuel Morbihan à la presqu'île guérandaise, a pu être aussi source de confusion avec le mot Maroc. Il semblerait que le petit bourg né autour de la basilique fut un temps un îlot gallo-romain dans un territoire totalement investi par les Bretons arrivés par vagues successives du Pays de Galles et de Cornouaille britannique ( du IIIe au VIIe siècle ). Les soldats de Waroc'h tenaient le rocher, véritable sentinelle de l'estuaire. Ce serait le fort de Brutus, héros éponyme des Bretons. Selon le chroniqueur d'Anne de Bretagne, Alain Bouchart, Brutus vient fonder une nouvelle nation, la Bretagne, en débarquant à Saint-Nazaire. Le souvenir de Fort Brutus est resté vivace dans la mémoire nazairienne jusqu'au XVIIIe siècle. Au moment de la Révolution, les républicains nazairiens proposèrent de laïciser le nom de la ville en la baptisant Port Brutus en souvenir de ce passé mythifié de la Bretagne. Jusqu'à cette période, les frairies qui sont directement issues de la tradition bretonne insulaire, ont rythmé la vie des Nazairiens. Ces structures de type clanique chargées de l'entraide mutuelle avaient des saint patrons venus pour la plupart du Pays de Galles.

Qu'est-ce qui vous fait craindre une érosion de la mémoire bretonne de la ville ? Comme on vient de le voir Saint-Nazaire à toute sa place dans l'histoire de Bretagne. Dans un monde en perte de repères, la reconnaissance institutionnelle de l'identité bretonne de Saint-Nazaire ne peux que favoriser son épanouissement et participer à l'intégration des nouveaux Nazairiens. La suppression de noms de lieux bretons très anciens comme Trélan (quartier du collège Manon Roland) pose problème. A quand la signature de la charte pour le breton par la Ville avec une signalisation bilingue comme à St-Herblain, Pornic ou Guérande ?... Dans un monde globalisé, l'attractivité d'un territoire passe aussi par la mise en valeur de son identité. Les industriels l'ont bien compris avec le succès de la marque Produit en Bretagne.

On ne peut comprendre l'estuaire la Loire, que les anciens appelaient la «rivière de Nantes», sans son ouverture sur le grand large et sa connexion avec toute la côte sud bretonne. La mémoire maritime semble ignorée alors que Saint-Nazaire a été une terre de bourlingueurs des océans durant des siècles. Des Nazairiens illustres dont le parcours est intiment lié à l'ouverture maritime - comme l'artiste et ethnologue, René-Yves Creston et l'ethnologue aventurière, Odette du Puigaudeau - sont ignorés des institutions municipales depuis trop longtemps alors qu'ils sont honorés dans d'autres villes bretonnes. Est-ce un hasard si l'un des grands skippers des années 1960, Loïc Fougeron, parle dans ses mémoires du Vieux Saint Nazaire de son enfance où l'attraction de la mer est omniprésente. Plus généralement, c'est l'histoire de Saint-Nazaire qui doit être revisitée comme le fait l'historien André Daniel. Il renouvelle notre vision de Saint-Nazaire avec son œil de géographe. Je conseille la lecture de son livre (1) qui est indiscutablement le meilleur ouvrage sur l'histoire de Saint-Nazaire.

1- Attention ! Un Saint-Nazaire peut en cacher un autre ! Histoire archéologique et géographie historique d'un site breton, André Daniel, Keltia Graphic, 2002

Hubert Chémereau,

Président du Centre de Recherche & Diffusion de l'Identité Bretonne de St-Nazaire

Membre du Conseil scientifique et de prospective du Parc naturel de Brière

 


05/02/2011

Sant-Nazer à la recherche de la ville disparue

Le passé long de Sant-Nazer, après avoir été enfoui dans les ruines de la ville du XIXe siècle, a été effacé par la Deuxième Guerre mondiale comme par la Reconstruction. C'est ainsi que le site historique du bourg des pilotes, né au XIIIe -XIVe siècle, que les Nazairiens d'avant guerre considéraient comme le « Vieux Saint Nazaire », est devenu un folklorique «petit Maroc» qui allait prendre rang de dénomination officielle par volonté municipale en 1985. La mémoire nazairienne est ainsi maintenue dans les profondeurs d'une l'amnésie collective...

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Le Vieux Sant-Nazer en 1860, folklorisé en "petit Maroc" en 1985

Certains urbanistes vont jusqu'à parler du « plateau du petit Maroc » dans leurs projets immobiliers sur le Rocher de Saint-Nazaire. Le capitaine Jean d'Ust, qui défendit en 1380 l'indépendance bretonne dans le fort situé à l'extrémité du rocher, sur lequel fut construite l'église du XVe siècle, doit se retourner dans sa tombe !

Sur les plus vieilles cartes maritimes, alors que le commerce maritime breton prenait son essor, le site de Sant-Nazer / Saint-Nazaire est mentionné. Sur une carte conservée au British Museum, Saint-Nazaire est écrit dans sa forme bretonne, la forme française n'arrive que beaucoup plus tard. Nous reproduisons ici un texte d'André Daniel, extrait de son livre sur Saint-Nazaire, qui nous rappelle l'importance de la mer dans la vie quotidienne de ses habitants et nous fait toucher du doigt l'âme bretonne qui imprégnait les lieux et qui marquait tant les marins qui y débarquaient.

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« A la pointe est du Rocher, le plus près possible de l'eau, presque au point géométrique où l'estuaire fait place à l'Océan, se dresse la petite église avec son clocher. Elle a fière allure vue de la mer, et elle sert d'amer aux navigateurs qui recherchent l'abri du fleuve. Pour mieux incarner le havre qu'elle sait leur annoncer, l'église, au lieu du coq, a placé la Main du Bon accueil qui s'ouvre vers la terre. Elle annonce ainsi la fin du périlleux voyage et tous ses maux. Mais autour de l'église, encore plus près du rivage, les croix du petit cimetière, aussi serrées que les maisons du bourg, et encore plus menacées par la mer, rappellent à ceux qui vont en mer la fragilité de leur existence ».

André Daniel, Sant-Nazer, 2001

 

06/01/2011

La Brière vient mourir au pied de la gare SNCF de Sant-Nazer

 

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La présence résiduelle de prairies inondables le long de la voie express permet de lire et comprendre l'évolution à travers le temps et l'espace de la 4e ville de Bretagne, qui a toujours dû composer avec son environnement, entre estuaire, mer et Brière. Sauver la dernière zone humide à l'entrée de Sant-Nazer / Saint-Nazaire c'est aussi préserver l'identité de la ville. Cet espace naturel classé Natura 2000 est menacé de disparition. André Daniel, avec le regard du géographe, analyse les enjeux à l'aide de cette photographie aérienne.

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Une vue aérienne de l’arrivée à Saint-Nazaire, par la terre. Une vue qui risque de disparaître bientôt… A gauche les bassins gagnés sur l’ancienne rade, à l’abri, dans l’estuaire… au fond le trait de lumière des plages qui s’ouvrent sur la Rade de Loire… devant nous le quadrillage de la Ville, installée sur un petit plateau, à l’est du Grand marais.

Une ville dont l’expansion est stoppée net par les plaines inondables de Brière, la limite est bien marquée par les voies de la gare. Ici comme partout, la géographie imposait sa loi, comme elle justifie la petite agglomération de l'île de Prézégat.

Déjà à partir des bassins, puis de la 4 voies la colonisation du bourrelet alluvial qui borde l'estuaire avait commencé.

Mais voilà qu’aujourd’hui le PDG du GPD a des visées sur la zone inondable de ce côté de la gare. Le délire technocratique n’a pas de limites, il ignore la géographie, se moque des paysages et des biotopes.

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            Crédit photo : JC Bourigaud

Quand la « technosphère » dévore la biosphère nous savons pourtant de plus en plus que ce n’est pas pour le bien de l’humanité… Alors qu’est ce donc qui pousse nos fameux “décideurs”?     André Daniel

Visiteurs et habitants réguliers (liste non exhaustive): hiboux des marais, alouettes (été), passereaux (été), quelques aigrettes, batraciens, bécassines et quelques canards .

En complément de cette analyse, le CREDIB reproduit un extrait du livre d'André Daniel « Attention ! un Saint Nazaire peut en cacher un autre ! », racontant sa découverte de la ville nouvelle d'après guerre, vaisseau urbain en construction qui vient buter sur la vaste zone marécageuse annonçant le pays briéron.

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La nouvelle gare SNCF à la fin des années 1950 Archives David Silvestre

ll est des images qui restent ... Je me reverrai toujours au seuil de Saint-Nazaire à la fin des années cinquante, déposé là par un camion qui m'avait pris en stop…

Et je suis là, au bout d'une route droite comme une digue au milieu des prairies inondées, le camion a franchi dans un ultime ressaut un pont de chemin de fer, une gare est à droite, comme échouée dans le marais; à gauche des grues géantes volent au dessus de l'horizon; et devant moi s'ouvre, entre deux immeubles dressés comme des sentinelles, une sorte d'avenue triomphale qui semble vouloir s'imposer à l'espace pour préfigurer la ville, car à la platitude et au vide du marais répond, par delà cette entrée majestueuse la platitude et le vide du plateau où se reconstruit la ville.

André Daniel

De la rue Jean d'Ust à l'avenue de la République

Au moment de la prolongation de la rue Jean d'Ust (1), jusqu'à la future gare SNCF, il semble que les aménageurs n'avaient pas totalement pris conscience que cette voie urbaine allait devenir l'entrée principale de la ville en arrivant de Nantes. Si l'Hôtel du Berry, conçu par l'architecte et membre des Seiz Breur André Batillat, montre une volonté d'annoncer une entrée de ville avec des bâtiments de grande qualité, la suite sera loin d'être du même niveau dans cette partie de la future avenue de la République. On voit là une grande différence avec l'avenue Villès-Martin, allant du nouvel Hôtel de Ville au port, qui, elle, bénéficie d'un traitement architectural particulièrement soigné. Au début des années 1950, les prairies inondables et autres marais n'ont pas encore été traversées par la RN 171 qui allait relier Saint-Nazaire à Nantes.

1- La rue Jean d'Ust, du nom du capitaine du fort de St-Nazaire et héros de l'indépendance bretonne en 1380, sera rebaptisée « Avenue de la République » en 1953 malgré les protestations des habitants et de certains élus municipaux dont ceux du PCF. 

Le Début de la nouvelle "Avenue de la République" face à la Brière

Archives David Silvestre

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