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14/05/2012

Le manoir du Sable, manoir breton du xve siècle

Beaucoup de Nazairiens ne soupçonnent pas que leur ville garde quelques vestiges de la fin du Moyen Age comme ce bâtiment situé en face de l'entrée du Jardin des Plantes qui date de l’apogée politique et économique de l’État breton. Ce beau manoir n'est plus que l'ombre de lui même avec la destruction de ses cheminées dans les années 1930 et une « restauration »  calamiteuse dans les années 1980.

 

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Il accueille actuellement le foyer des anciens. Jusqu'au début des années 1970 l'ancien manoir du Sable accueillit la bibliothèque municipale. Les enfants des années 60-70 adoraient l'atmosphère du manoir avec ses planchers qui craquaient et l'impression de côtoyer un monde très ancien avec ses fantômes. Lors de son séjour nazairien en juin 1745, Bonnie Prince Charlie y serait passé avant son départ pour l’Écosse à l'invitation de la famille Walsh. Ces dernière années, l'appétit des promoteurs soutenus par la municipalité a bouleversé l’environnement végétal du manoir avec la destruction en 2008 du « Petit Jardin ». L'historien G de Saint Loup nous fait part de ses recherches sur ce manoir qui mériterait une mise en valeur digne de ce nom par la Ville de Saint-Nazaire qui en est la propriétaire.

 

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Dénaturé par un enduit couleur abricot, coincé entre des immeubles, privé de ses cheminées, le manoir du Sable est probablement l'immeuble le plus ancien de la commune de Saint-Nazaire encore existant. Son premier propriétaire connu est Jean de La Haye, écuyer, fils de Macé, seigneur de Kerlédé, cité dans la réformation de noblesse de l'Evêché de Nantes comme noble demeurant à Saint-Nazaire le 14 janvier 1457. A partir de 1678, suite à l’héritage du château et de la seigneurie de La Motte-Allemand, la famille de La Haye, impliquée dans la conspiration de Pontcallec, loua Le Sable à la famille Walsh1, qui y résidât durant trois générations. André Walsh (S.-N. 19 mars 1666 – S.-N. 17 janvier 1722), bourgeois de Saint-Nazaire, avocat à la cour, fut sénéchal de la seigneurie de La Motte-Allemand, sa fille Renée Walsh, (S.-N. 24 janvier 1697 – S.-N. 24 juillet 1782), épouse de René Guisnel, fut l'intermédiaire entre le prince Charles Édouard Stuart et René Galliot de Cran, sénéchal de la vicomté de Saint-Nazaire, qui logea le prince. Jean-Baptiste-René de La Haye du Sable, (décédé à Saint-Nazaire le 11 avril 1780), dernier représentant de sa famille, vendit le manoir en 1774 à Guillaume Charault de Merionnec, chevalier, conseiller-maître à la Chambre des Comptes de Bretagne, ancien seigneur de Careil à Guérandes. Hérité par les Guérin du Grandlaunay, le domaine fut acheté par Alphonse-Nicolas Cézard, qui fonda à Londres, en juillet 1864, la « Saint-Nazaire Compagny », société qui avait pour but l'établissement d'une cité moderne sur les terrains de l'ancien manoir, mais mise en faillite en 1866. Racheté par frères Bessard du Parc, le domaine fut revendu le 6 janvier 1883, au prince de Béarn, qui fit tracer des avenues afin de lotir en parcelles le domaine. La municipalité acheta l’avant du parc pour en faire l’actuel Jardin des Plantes, le manoir situé sur une parcelle de 2ha devient propriété d’Aymé Duquaire, entrepreneur natif de Lyon. Finalement, par séance du 28 juin 1923, le Conseil municipal se décida d'acquérir le manoir et son parc afin de créer un second jardin, le budget d'achat et d'aménagement fut de 475.000fr., la maison seigneuriale fut affectée les premiers temps aux jardiniers, avant de recevoir différentes administrations et services municipaux.

G de Saint Loup

1- Thomas Walsh est né à Waterford en Irlande en 1630, inhumé dans le cœur de l'église de Saint-Nazaire le 15 décembre 1673, reconnu comme bourgeois de Saint-Nazaire, époux de damoiselle Macée de Montluc. Le couple y vécu avec l'ensemble de leurs enfants qui reprirent la location de leurs parents

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Le manoir du Sable dans les années 1960 avant la fièvre immobilière

22:35 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3)

30/09/2010

L'esprit de Micky Burn flottera sur Tan-Y-Clogwyn

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Cette photographie originale prise par Mickael Burn, héros de l'Opération Chariot, a été fournie au CREDIB par James Dorrian. Il l'a accompagnée de ce commentaire :

«Les cendres de Micky vont être dispersées dans un bassin près d'une cascade, au Pays de Galles, près de l'endroit où lui et sa femme ont vécu au début de leur mariage. Ils avaient nommé ce lieu "La terre enchantée". La cérémonie ne se tiendra pas avant le printemps, époque à laquelle le buisson de camélias de sa femme commencera à fleurir. Les cendres seront accompagnées par les camélias. Voici leur première maison sous les rochers «Tan-Y-Clogwyn» (près du précipice en gallois). Un ruisseau court en dessous, traversé par un ancien pont. Très spirituel. Très celtique.».

Nous pouvons retrouver le compte rendu de la cérémonie d'adieu à Micky sur le blog de James Dorrian.

http://chariot-heroes.blogspot.com/

Micky, tu étais notre lumière, tu es entré dans la lumière.

Le service funèbre pour Micky Burn, dont nous étions tous devenus si proches, s'est tenu jeudi 16 septembre en l'église de Llanfihangel, sur une colline qui surplombe la cote sud de l'estuaire de Glaslyn, nord du Pays de Galles. Micky avait prévu en détails le service, y compris, le temps qu'il ferait: un grand soleil brillait sur la centaine de personnes, parents et amis qui étaient venus lui rendre hommage. Au cours du service, six d'entre nous rappelèrent son souvenir par un petit discours. Il était évidemment impossible de parler de Micky Burn sans évoquer toutes ses mésaventures en plomberie, en cuisine, et autres, de sorte que l'église résonnait de rires. Le service fut suivi d'une veillée de toute aussi bonne humeur à Castel Duedraeth.

Les jours précédant les funérailles, des demandes de renseignements avaient afflué en masse pour préparer les notices nécrologiques - de Associated Press, The New York Times, The Washington Post, et The Week Magazine et d'Australie entre autres. Parallèlement, notre travail cinématographique sur la vie de Micky continue, le filmage de Micky en personne était terminé avant sa disparition. Un dernier tournage est prévu pour début novembre, après le London Film Festival.

                                  James Dorrian    ( traduction Yvette Daniel )

15:26 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (2)

24/05/2010

Maurice Chauvet

Le Breton Maurice Chauvet vient de rejoindre le paradis des guerriers celtes, qui furent si nombreux à lutter pour la liberté contre le monstre nazi. Il était né en 1918 dans la petite commune bretonne du Gâvre, dans le nord du pays nantais. Par respect pour sa mémoire, il est important de souligner son attachement viscéral à la Bretagne. En souvenir de ce grand Breton, nous reproduisons des extraits de l'interview qu'il avait accordée en 2004 à Hubert Chémereau. Cet entretien a été publié en janvier 2005 dans le mensuel Le Peuple Breton et repris dans le livre de Jean-Jacques Monnier Résistance et Conscience bretonne 1940-1945 Ed. Yoran Embanner. Nous conseillons aussi la lecture du livre d'un des camarades de combat de Maurice Chauvet, le Breton Gwenn-Ael Bolloré dit Bollinger Nous étions 117, préface de Lord Lovat, Ed France-Empire, 1964.

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Maurice Chauvet en compagnie de PPDA et Pêr Loquet

L’aventure des Free Breton Commandos aux côtés de leurs frères d’armes britanniques

Maurice Chauvet, l’un des derniers survivants du célèbre commando Kieffer qui participa au Jour J, avait tenu malgré son grand âge à être présent au premier « Festival du livre en Bretagne », organisé à Guérande en novembre 2004 par l’association Gourenez. Il se prêta pendant deux jours avec une grande gentillesse aux séances de dédicaces (1) et parla avec beaucoup de chaleur et de vivacité d’esprit de ses aventures au sein des commandos britanniques. C’est à lui que l’on doit le célèbre badge métallique du commando Kieffer. En terre bretonne il l’arborait fièrement, comme le fameux béret vert, ses nombreuses décorations et son pantalon tartan. L’ensemble donnait au personnage un coté légende vivante qui ne manqua pas d’impressionner les enfants présents.

En 1943 il rejoint l'Ecosse pour suivre une formation commando épuisante : « Au camp d’Achnacarry près de Fort William, dans le commando Kieffer, il y avait environ 50 % de Bretons et 40 % de Français ; pour compéter le groupe il y avait aussi d'autres nationalités, en particulier des Espagnols et quelques Américains, sans parler que dans les gars venus du Havre, beaucoup étaient d’origine bretonne. Il faut dire que De Gaulle n’a pas été correct avec les Bretons après la guerre, alors qu’une grande partie desForces Françaises Libres étaient composées de Bretons ! » Dans ce camp d’entraînement des Highlands passèrent des milliers de volontaires venus de toute l’Europe occupée et de bien au delà. Une cinquantaine d’entre eux y laisseront leur vie dans les exercices menés à balles réelles avec force grenades et explosifs en tout genre. Le cimetière factice situé à l’entrée du camp annonçait clairement la couleur aux nouvelles recrues.Chauvet Commando.jpg

Pour illustrer l'internationalisme du recrutement, Maurice Chauvet rapporte qu'à côté de son supérieur, l’Alsacien Philippe Kieffer, son chef était le capitaine Charles Trepel, né à Odessa dont la famille fuyant la Révolution russe, s’était installée en Allemagne. Un brin provocateur pour les gaullistes, Maurice Chauvet aimait déclarer : « mon chef, c'était Trepel et mon patron, le roi d’Angleterre ». Les Français Libres avaient ainsi un côté « Brigades Internationales » né de l’occupation de l’Europe où de multiples nationalités se côtoyaient pour continuer le combat pour la liberté.

Maurice Chauvet se souvient aussi de ces Bretons à l'esprit libre qui refusèrent le système gaulliste : « Il y avait des Bretons dans la Royal Navy au début de la guerre avant la création des FNFL. Ceux qui refusèrent par la suite de se mettre sous les ordres de de Gaulle furent cantonnés jusqu’à la fin de la guerre sans combattre malgré leur volonté de lutter. Des marins de l'Ile de Sein restèrent durant toute la guerre à Portsmouth. Ils n’avaient pas le droit de pêcher. Ils suivaient le dimanche la messe en breton. Il y avait une majorité de Bretons dans les bases des FNFL de Greenock en Écosse et de Saint-Ives en Cornouailles ».

L’histoire officielle passe souvent sous silence les Bretons engagés dés l’été 1940 dans la Royal Navy, encore plus ces marins bretons embarqués sur des navires britanniques tués en septembre 1940 par la marine vichyste devant Dakar au cours de l’opération « Menace ». Comme nombre de marins bretons, le frère de Maurice Chauvet, Michel, se trouvait en face, bien malgré lui, dans cette Marine aux ordres de Vichy. Il allait par la suite rejoindre, la 2ème DB, qui comptait également un grand nombre de volontaires de toutes nationalités, en particulier un fort contingent de Républicains espagnols, eux aussi vite oubliés par le pouvoir français une fois la guerre terminée. Le marin Maurice Chauvet n’a pas de mots assez durs contre la Royale qui s’est déshonorée avec Vichy. Même après guerre elle n’a jamais accepté l’insubordination de ses marins qui pourtant lavèrent le déshonneur de la capitulation en combattant aux côtés des alliés. Dans les années 1960 la reine Elizabeth II rappela dans des discours officiels la valeur de la marine bretonne du temps de l’indépendance et des traditions maritimes partagées avec « la vaillante Bretagne » dont les fils luttèrent aux côtés de la Grande-Bretagne dès juin 1940 quand tout semblait perdu. On ne peut oublier cette « Internationale Bretonne de la Résistance » née dans la grande famille des marins avec tous ces jeunes Bretons qui, de l’Afrique de l’Ouest au Pacifique, allaient rejoindre les Alliés pour embarquer sur les pétroliers et les cargos ravitaillant, au prix de lourdes pertes, la Grande-Bretagne et l’Union Soviétique ou s’illustrer sur les navires de combat.CHAUvet signature 2.jpg

Quand Maurice Chauvet me dédicaça son étonnante bande dessinée à l’esthétique rétro « Fusilier marin commando de la France Libre » c’est tout naturellement un « sincerely » bien britannique qui glissa sous sa plume.

A l’épreuve des questions on ne sait plus d’ailleurs si on a affaire à un Breton de Grande-Bretagne ou à un Britannique de Bretagne…

Hubert CHEMEREAU

(1) Il présentait ses deux derniers livres : it’s a long way to Normandy , Ed.Picollec et Fusilier marin commando de la France Libre, la libération en B.D., Ed. Italiques.

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Cette photographie de Yan Morvan, prise dans l'appartement parisien de Maurice Chauvet, résume bien  l'importance de la Bretagne dans le coeur du vieux guerrier celte. Le Gwenn ha Du cotoie une tenture écossaise au milieu des souvenirs de guerre.

18:58 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (2)