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02/11/2009

La pratique du brezhoneg à Trignac entre 1880 et 1940

Le CREDIB Sant-Nazer, Centre de Recherche et Diffusion de l'Identité Bretonne, recherche des témoignages sur la pratique de la langue bretonne à Trignac / Trinieg avant la Seconde Guerre Mondiale. Une importante communauté brittophone a marqué la vie sociale de la commune ouvrière briéronne durant plus de 60 ans. Au cours de la Révolution industrielle en Bretagne, les Forges de Trignac créées en 1880 ont été le creuset d'un brassage linguistique et culturel original jusqu'à leur fermeture en 1932. On y entendait à côté du français et du breton, du gallo de Brière et du pays de Redon, de l'espagnol, de l'allemand, du polonais, de l'italien, du tchèque, ...

 

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« Mon arrière grand-mère qui ne parlait que breton écoutait dans les années 1930 les émissions en gallois de la BBC : elle en comprenait une partie et disait dans un français approximatif "moi comprends! " »

« Jusqu'à l'age de 5 ans je ne parlais que le breton. J'ai commencé à apprendre le français en septembre 1929 à l'école de Landevant. Ma famille arrive à Trignac début 1930 où mon père avait trouvé du travail aux Forges »

« On n'avait pas ce complexe des adultes vis-à-vis du français »

« Ma mère ne parlait pas français. Elle avait des difficultés dans les commerces. Je me souviens avoir vu avec elle le film « La Brière » en 1930 ou 31: je devais lui traduire les textes ce qui énervait certains spectateurs qui ne supportaient pas les chuchotements »

«  Les bretonnants formaient une communauté : ils se retrouvaient pour parler leur langue. Il existait une certaine honte chez ceux qui parlaient mal le français »

« Aux Forges le breton était très répandu parmi les ouvriers »

«  Il y a quelques années en faisant du rangement après la mort de ma grand-mère j'ai trouvé un livre de messes en breton »

Ces témoignages de personnes nées dans les années 1920-1930 mettent en évidence la présence du breton parlé par une partie importante de la population de Trignac / Trinieg jusqu'au début des années 1940 et qui n'a jamais fait l'objet de recherches. Si l'on étudie les registres de recensements et les travaux du chercheur Bernard Hazo (1) on constate qu'entre 1880 et 1930 c'est environ 40 % de la population trignacaise qui arrive du Morbihan dont plus de la moitié des zones brittophones. Si l'on ajoute les habitants arrivés du sud Finistère, c'est en moyenne 20 % des Trignacais, soit environ 1000 personnes qui pratiquent quotidiennement la langue bretonne entre 1880 et 1940 avec 1/4 de monolingues jusque dans les années 1920.

Lors d'une manifestation à Trignac en mai 2009, un retraité de la CGT portait une pancarte avec cette mention en breton ironisant sur la revalorisation des pensions de retraites par le gouvernement de Nicolas Sarkozy : « Trugarez bras St-Nicolas. Boued ar groug » (Grand merci St-Nicolas. Gibier de potence). Ce fait qui peut paraître anecdotique montre que la langue bretonne est encore dans le cœur et l'esprit de nombreux Trignacais. Voilà un beau sujet de thèse pour un étudiant.

1- Bernard Hazo, chercheur au CNRS et spécialiste du mouvement ouvrier trignacais

 

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Les Forges de Trignac, haut lieux des luttes ouvrières bretonnes, hantent encore en 2009 la mémoire briéronne


 

14:40 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (6)

23/10/2009

Des Australiens dans « l' Opération Chariot »

Une délégation du CREDIB a accompagné en mer un couple de jeunes Australiens venus en Bretagne pour refaire le parcours de l'expédition britannique, qui dans la nuit du 27 au 28 mars 1942 allait changer le cours de la « Bataille de l'Atlantique » en rendant inutilisable la forme Joubert. Matthew Stutels est ainsi venu de Sydney avec son épouse Elizabeth pour rendre hommage à son grand-père qui participa au raid britannique. Il avait rejoint la Grande-Bretagne au début de la guerre pour la défense de la liberté. Sa famille, originaire de Bavière est arrivée en Australie en 1860.

 

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Credit photo: Bruno Bouvry

Le grand père de Matthew Stutels, matelot de la Royal Australian Navy, avait été versé dans la Royal Navy car c'était un spécialiste du sonar, un système de sondeur sonore. Celui qui était embarqué sur les vedettes lance-torpilles qui accompagnaient le destroyerCampbeltown était du type ASDIC. Pour ce raid de nuit dans un estuaire de la Loire encombré de bancs de sable et d'épaves, le sondeur était un homme clef pour la réussite de l'opération. La vedette (1) du dit grand-père, matelot spécialiste donc, a débarqué des hommes du commando près du môle nord et a pu regagner le large sans trop de dommages. Le convoi britannique était parti de Falmouth, port du sud de la Cornouaille britannique.

 

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Collection David Silvestre

Les marins de la Royal Navy payèrent un lourd tribut au cours du raid avec la perte de plusieurs vedettes de type MTB qui, sous la mitraille allemande, s'enflammaient facilement du fait de leur structure en bois. Jean Cévaër, du CREDIB a pu apporter à nos amis australiens son témoignage : « En août 1952, étudiant en stage linguistique près d'Edinburgh, je faisais de l'auto stop dans le centre de l'Écosse et j'ai été pris en charge par un Ecossais d'une quarantaine d'années. Quand je lui ai dit que j'étais Breton et que je venais de Saint-Nazaire, il m'a dit que c'est là qu'il avait passé la plus mauvaise nuit de toute son existence. En effet, marin sur un MTB, il fut coulé une première fois, sauvé par l'équipage d'un autre MTB qui fut coulé à son tour, il fut sauvé une seconde fois par les marins d'un troisième MTB avant de reprendre la mer pour rejoindre la Grande-Bretagne. »

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Matthew Stutels rappela à ses amis bretons qu'il n'y avait plus qu'un Australien survivant de « l'Opération Chariot ». Aux côtés des Anglais, Ecossais Corniques, Gallois et Irlandais, les commandos et la Royal Navy comptaient nombre de ressortissants d'Australie, de Nouvelle Zélande, d'Afrique du Sud et du Canada. Nos amis Australiens ont pu découvrir avec les explications des membres du CREDIB la route maritime prise par les navires britanniques. A l'exploit militaire, on doit ajouter la prouesse maritime. Pour déjouer la vigilance des Allemands, les Britanniques arrivèrent à l'entrée de l'estuaire de la Loire par le sud. On pouvait ressentir l'émotion de Matthew à l'approche du port de Saint-Nazaire où son grand-père débarqua ses camarades il y a 67 ans.

1- Composition de l'équipage d'une vedette lance-torpilles MTB (Motor Torpedo Boat) : 1 enseigne de vaisseau 1re classe (commandant) - 1 enseigne de vaisseau 2e classe (second) - 1 second maître de manœuvre (patron) - 1 timonier - 2 canonniers - 1 torpilleur - 2 radaristes - 2 transmetteurs TSF - 3 mécaniciens

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03/09/2009

Sant Nazer dans l'histoire de l'Ecosse

Bonnie Prince Charlie à Saint-Nazaire

Un épisode de l'histoire écossaise du 18e siècle a eu comme cadre Saint-Nazaire.

Bonnie Prince Charlie prétendant au trône d'Écosse avait trouvé refuge à l'été 1745 dans une belle demeure du bourg de Saint-Nazaire dans l'attente d'un embarquement en vue de déclencher la révolte jacobite contre la couronne britannique. La maison du Prétendant où séjourna le prince écossais, qui était la propriété du sénéchal Galliot de Cran, se trouvait dans la Grande Rue non loin de l'actuelle rue de la Rampe. La Bretagne était alors un foyer jacobite important en raison de la forte communauté irlandaise présente dans ses ports comme Nantes et Saint-Malo. L'organisation de l'expédition fut mise sur pied à l'abri des indiscrétions dans les grandes demeures des riches familles irlandaises de la capitale bretonne.

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La maison du Prétendant

La discrétion étant de mise pour déjouer la vigilance des espions anglais, le 2 juillet 1745 Bonnie Prince Charlie s'embarque secrètement sur un bateau de pêche du côté de Chemoulin. Des côtes nazairiennes, il allait rejoindre Belle-Ile où l'attendaient les 2 navires armés par l'armateur irlando-nantais Antoine Walsh. Les équipages étaient composés majoritairement de marins bretons du pays nantais. Au large de la Bretagne, l'expédition fut interceptée par la marine britannique. Dans un bref combat naval, l'Elizabeth fut endommagé. Le Du TeiIlay, sur lequel se trouvait le prince écossais, réussit à filer des mains des Britanniques alors que l'Elizabethétait contraint de regagner la Bretagne. Le Du Teillay aborda les côtes ouest de l'Écosse le 23 juillet. Bonnie Prince débarqua sur l'île Eriskay dans les Hébrides. On connaît la suite, les Ecossais allaient être défaits le 16 avril 1746 à Culloden. S'ensuivit une terrible répression de la culture gaélique dans les Highlands qui allait provoquer une forte émigration écossaise vers le Canada. Bonnie Prince Charlie après la défaite de Culloden sera traqué sans merci par les « tuniques rouges », il parvint à s’échapper et être récupéré par deux vaisseaux commandés par le Malouin Dufresne et à revenir en Bretagne, à Roscoff. Le prince malheureux allait rentrer dans la légende et nourrir les romanciers comme Walter Scott.

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La côte nazairienne voit Bonnie Prince Charlie s'éloigner pour toujours

Une plaque pourrait être installée dans le quartier du port de Saint-Nazaire (que la mairie ne connaît que sous le nom de « petit Maroc ») pour rappeler cet épisode de l'histoire commune aux Écossais et aux Bretons. Même si le « Vieux Saint-Nazaire » n'a pas été restauré après guerre, cette plaque aurait aussi le mérite de rappeler aux Nazairiens que leur cité a eu une histoire bien avant la construction de la ville nouvelle à la fin du 19e siècle ...

Bonnie Prince Charlie in Saint-Nazaire

An episode of Scottish history of the XVIIIth century took place in Saint-Nazaire.

Bonnie Prince Charlie, claimant to the thrones of Great Britain and Ireland, had found refuge in summer 1745 in a beautiful house of Saint-Nazaire village, looking forward to a boarding to start the jacobite revolt against the British crown. The house of the Pretender, where the Scottish prince stayed and which was owned by seneschal Galliot de Cran, was in the Main street not far from the current Street of the Banister (rue de la Rampe). Brittany was then an important jacobite foyer because of the presence of a strong Irish community in its harbours like Nantes and Saint-Malo. The shipping was organized, shielded from indiscretions, in the large mansions of the rich Irish families of the Breton capital.

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Discretion was necessary to thwart the attentiveness of English spies. On July 2nd, 1745 Bonnie Prince Charlie secretly embarks on a fishing boat near Chemoulin. From the Nazairian coasts he heads to Belle-Île where 2 vessels owned by the Irish shipowner of Nantes Antoine Walsh were waiting for him. The crew was mainly Breton sailors of Nantes area.

Off the coasts of Brittany, they were intercepted by the British navy. In a brief naval action, the Elizabeth was damaged and had to get back to Brittany. The Du Teillay, on which was the Scottish prince, managed to escape from the British.

The Du Teillay approched the West coast of Scotland on July 23rd. Bonnie Prince landed on Eriskay in Hebridean Islands. We know what followed. The Scottish were going to be undone on April 16th, 1746 in Culloden. A terrible repression of Gaelic culture arose-in the Highlands, this was going to start a strong Scottish emigration towards Canada. After the Culloden defeat, Bonnie Prince Charlie will be mercilessly pursued by the Red Coats (British Army). He managed to escape and be got back by Marion-Dufresne, from Saint-Malo, who commanded two vessels and took him back to Brittany (in Roscoff). The unfortunate prince was going to enter the legend and feed novelists as Walter Scott.

A plate could be settled in Saint-Nazaire harbour area (which the Municipality only knows under the name of "small Morocco") to remind this episode of history common to Scottish and Bretons. Even if the "Old Saint-Nazaire" was not restored after the war, this plate would also grant the Nazairians to remember their city had a history long before the construction of the new town in the end of XIXth century.

 

20:55 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bretagne, ecosse