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31/03/2011

Britanniques et Bretons saluent les héros de l'Opération Chariot

Un grand moment d'émotion entre Britanniques et Bretons venus rendre hommage aux commandos et marins de l'Opération Chariot tombés pour la liberté le 28 mars 1942. A la fin de la cérémonie, le jeune commandant de la frégate Campbeltown, Keri Harris, a serré dans ses mains un Gwenn ha Du avec une grande émotion en prononçant cette phrase « It's great ! » (c'est grand - dans le sens c'est fort). Il a pu dire aux Nazairiens qui l'interrogeaient sur son geste, qu'il était très reconnaissant pour l'amitié manifestée par les Bretons et l'importance de la présence du drapeau breton à cette cérémonie. L'Irlandais Corran Purdon, l'un des trois survivants présents, salua chaleureusement comme des «frères celtes» les Nazairiens du CREDIB que son compatriote James Dorrian http://chariot-heroes.blogspot.com/ avait tenu à lui présenter.

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Alors que l'ensemble des Britanniques et des Irlandais présents ont manifesté leur plaisir de voir des « Breton flags » en l'honneur des braves de l'Opération Chariot, Joël Batteux, le maire de Saint-Nazaire, demandait au protocole de faire dégager les Gwenn ha Du. Les porteurs des couleurs bretonnes et interceltiques ont refusé ce diktat en répondant courtoisement qu'ils étaient là pour la mémoire des courageux soldats venus des Iles britanniques défendre notre liberté au sacrifice de leur vie. Un ancien combattant de l'armée française à la fibre bretonne trouva tout naturel que le Gwenn ha Du soit présent en bonne place à cet hommage. La vue d'un drapeau breton aux côtés des marins du Campbeltown n'a nullement dérangé ces derniers, bien au contraire. L'accompagnement musical breton de la cérémonie fut aussi très apprécié par l'assistance.

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Il est de tradition en fin de cérémonie de saluer les porteurs de drapeaux. Alors que les porteurs des couleurs bretonnes et interceltiques étaient salués par l'attaché de l'ambassade de Grande-Bretagne et le commandant du Campbeltown, J. Batteux et le sous-préfet les ignoraient superbement...

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Il y a 69 ans

Les commandos du Colonel Newman se ruent sur le quai, à partir du HMS Campbeltown, sous les feux nourris de l'ennemi.

Ils ne cherchent plus aucune gloire,car ils sont tous morts. Ils reposent dans un cimetière de La Baule, à environ 15 km du lieu où ils sont morts. Un vent salé souffle au dessus d'eux. Ils ne sont pas tous enterrés là, car on ne les a pas tous retrouvés. Ils n'ont pas pu tous être identifiés lorsqu'on les a retrouvés. Des balles de Luger et de Schmeizer, des obus incendiaires tirés sur les espaces découverts, le carburant en feu et l'explosion complète pour finir avaient rendu certains corps impossibles à identifier. Pendant les jours suivants, beaucoup furent récupérés au fil des flux, reflux et courants de l'estuaire. Les tatouages sur la peau humaine sont habituellement trop discrets pour fournir nom et adresse. " I love Glad " n'en dit pas long. La bataille où ils sont morts était d'une envergure relativement petite. Mais elle fut réussie et coûta cher. Ce fut un épisode bref, sanglant, sauvage, de flammes et d'explosions, qui surgit par une douce matinée de mars. C'était çà, le raid sur St.Nazaire.

Lieutenant Colonel Stuart Chant Sempill OBE MC, 1956

20/03/2011

Lycée Heinlex / Lise Henlez invite le Bagad Lann Bihoué

Le 19 mars 2011, à l'occasion de la journée portes ouvertes du lycée professionnel Heinlex, le Gwenn ha Du flottait en bonne place à l'entrée de l'établissement.

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Un grand bravo aux responsables du lycée Heinlex de Sant-Nazer / Saint-Nazaire pour avoir invité à cette journée le Bagad Lann Bihoué. Les trois prestations  du bagad de la « Breizh Navy » ont été chaleureusement applaudies par les visiteurs, les élèves et l'équipe du lycée. Les musiciens de ce bagad professionnel sont recrutés dans les meilleurs bagadoù de Bretagne à l'exemple de Riwan Leroux qui est batteur au Bagad Sant-Nazer. Lors de la présentation, l'officier responsable du Bagad Lann Bihoué a fait remarquer malicieusement qu'il n'existait pas encore de filière professionnelle « bagadoù ».

 

A l'intérieur de cet établissement de l'Éducation Nationale, le Gwenn ha Du accueillait les visiteurs aux côtés des couleurs françaises. Cela mérite d'être salué car trop souvent l'identité bretonne est occultée dans ce type d'établissement scolaire. Voilà une belle preuve d'ouverture qui mériterait d'être suivie par d'autres établissements de Loire-Atlantique.

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Le lycée Heinlex est l'un des rares établissements de Bretagne a avoir un nom bien breton. Il a gardé le nom du quartier où il est implanté: Heinlex – Hen lez – signifie la vieille cour en breton, au sens de cour noble («cour royale»). Ce nom très ancien (1) plonge ses origines dans l'arrivée des Bretons en Armorique, entre les IVe et VIe siècles. La frairie d'Heinlex, dont le saint protecteur est le très breton Saint-Avé, est un autre signe de l'importance de ce système à la fois religieux et clanique apporté par les Bretons de l'Île de Bretagne, qui perdurera jusqu'à l'aube du XIXe siècle.

1 - Hen : ancien breton pour kozh vieux, que l'on retrouve dans Henbont (Hennebont), Le Vieux Pont, dans Henwig (Henvic), Le Vieux Vy, ou encore dans henaff, (le plus vieux), ancienne forme de henañ. La langue galloise a gardé le mot hen alors que le breton ne l'utilise plus que pour parler de quelque chose de très ancien, d'antique.Henleix 19 03 2011 Gwenn ha du.jpg

11/03/2011

Interview sur les origines de Sant-Nazer

 

Pour des raisons de place cette interview publiée dans l'édition de Sant-Nazer de Ouest-France du 10 mars a été réduite. Voici la version d'origine.

Pourquoi contestez-vous systématiquement l'appellation Petit Maroc ?

Cette appellation est apparue vers 1930 avec la présence de pécheurs de Douarnenez qui allaient sur les côtes du Maroc. Elle est encore anecdotique dans les années 1950. Les Nazairiens appelaient jusqu'à la 2e guerre mondiale la ville d'origine : le Vieux Saint-Nazaire, en opposition à la ville nouvelle qui s'est développée à partir de 1860. L'imposition d'un nouveau nom pour le quartier historique de Saint-Nazaire ne date que des années 1980. Ne reconnaître le quartier du port que sous cette nouvelle dénomination nous rappelle le: « Du passé faisons table rase ». Cela n'aide pas à comprendre l'histoire et l'évolution de la ville. Le rocher de Saint-Nazaire a une très longue histoire, du camp celtique au fort gallo-romain avec la présence précoce de soldats bretons venus de l'actuelle Grande-Bretagne. Avec la montée en puissance de l'État breton, un fort y est érigé. Il aura son heure de gloire en 1380 quand Jean d'Ust au nom du duc de Bretagne repousse une flotte castillane alliée du roi de France. Les Nazairiens reconnaissants donnèrent son nom à une rue, rebaptisée en 1953: « Avenue de la République ». Au XIVe siècle, le bourg de Saint-Nazaire se déplace du plateau nazairien - où se trouve le Ruban bleu - vers le rocher pour répondre au développement maritime breton. Durant des siècles, ce petit centre urbain quasiment insulaire, qui est le 3e de la presqu'île guérandaise par son importance démographique, vit de et par la mer. Ne faire référence qu'au proche passé de « village de pécheurs » à travers le Petit Maroc jette un voile sur plus de 2000 ans d'histoire et accrédite la thèse d'une ville sans passé ancien. La richesse archéologique de Saint-Nazaire ne peut être également indéfiniment ignorée des aménageurs comme cela s'est passé au Ruban Bleu où se trouvait la basilique gallo-romaine. Comme le constate l'historien André Daniel, avec les bouleversements urbanistiques actuels: « les dernières fondations des Saint-Nazaire d'autrefois disparaissent dans les gravats et les déblais ».

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Le nom d'un quartier ne peut-il évoluer au fil du temps ?

On peut garder la mémoire du nom Petit Maroc sans pour cela gommer celui de Vieux Saint-Nazaire, même s'il n'existe plus en raison des bombardements et surtout de sa destruction totale lors de la Reconstruction. Faire évoluer ce quartier, c'est aussi lui rendre son âme en pensant son animation et en respectant son caractère maritime et breton dans les opérations immobilières. Pourquoi ne pas réfléchir à un parcours historique dans un quartier qui porte la marque de l'histoire de Bretagne avec le Fort de Jean d'Ust, le débarquement espagnol pour soutenir la Ligue de Bretagne en 1590, la conspiration de Pontcallec en 1720 ou le passage d'un prince écossais en 1745. Nos amis britanniques sont étonnés de ne pas trouver dans la « vieille ville », comme ils disent, un parcours d'interprétation de l'Opération Chariot ( le raid britannique du 28 mars 1942 ). Il est aussi essentiel de conserver une activité industrielle autour du bassin. Le port c'est l'identité de la ville tout autant que la Navale.

Sant Nazer litho Pequignot Nantes.jpgPeut-il y avoir eu confusion avec la présence d'un rocher, «Roch» en Breton ?

Tout d'abord, il faut dire que nous avons un « écran noir » de plusieurs siècles dans cette immensité médiévale d'où émerge ça et là quelques écrits. La grande vitalité de la langue bretonne durant des siècles a fortement marqué la toponymie locale. L'hypothèse que le mot "Roc'h" serait à l'origine de Ti ar roc'h ( la maison du rocher ) ou Ti war roc'h ( la maison sur le rocher ) est certes séduisante mais n'est pas prouvée scientifiquement. La présence attestée sur le rocher au Ve siècle du roi breton Waroc'h, dont le royaume s'étendait de l'actuel Morbihan à la presqu'île guérandaise, a pu être aussi source de confusion avec le mot Maroc. Il semblerait que le petit bourg né autour de la basilique fut un temps un îlot gallo-romain dans un territoire totalement investi par les Bretons arrivés par vagues successives du Pays de Galles et de Cornouaille britannique ( du IIIe au VIIe siècle ). Les soldats de Waroc'h tenaient le rocher, véritable sentinelle de l'estuaire. Ce serait le fort de Brutus, héros éponyme des Bretons. Selon le chroniqueur d'Anne de Bretagne, Alain Bouchart, Brutus vient fonder une nouvelle nation, la Bretagne, en débarquant à Saint-Nazaire. Le souvenir de Fort Brutus est resté vivace dans la mémoire nazairienne jusqu'au XVIIIe siècle. Au moment de la Révolution, les républicains nazairiens proposèrent de laïciser le nom de la ville en la baptisant Port Brutus en souvenir de ce passé mythifié de la Bretagne. Jusqu'à cette période, les frairies qui sont directement issues de la tradition bretonne insulaire, ont rythmé la vie des Nazairiens. Ces structures de type clanique chargées de l'entraide mutuelle avaient des saint patrons venus pour la plupart du Pays de Galles.

Qu'est-ce qui vous fait craindre une érosion de la mémoire bretonne de la ville ? Comme on vient de le voir Saint-Nazaire à toute sa place dans l'histoire de Bretagne. Dans un monde en perte de repères, la reconnaissance institutionnelle de l'identité bretonne de Saint-Nazaire ne peux que favoriser son épanouissement et participer à l'intégration des nouveaux Nazairiens. La suppression de noms de lieux bretons très anciens comme Trélan (quartier du collège Manon Roland) pose problème. A quand la signature de la charte pour le breton par la Ville avec une signalisation bilingue comme à St-Herblain, Pornic ou Guérande ?... Dans un monde globalisé, l'attractivité d'un territoire passe aussi par la mise en valeur de son identité. Les industriels l'ont bien compris avec le succès de la marque Produit en Bretagne.

On ne peut comprendre l'estuaire la Loire, que les anciens appelaient la «rivière de Nantes», sans son ouverture sur le grand large et sa connexion avec toute la côte sud bretonne. La mémoire maritime semble ignorée alors que Saint-Nazaire a été une terre de bourlingueurs des océans durant des siècles. Des Nazairiens illustres dont le parcours est intiment lié à l'ouverture maritime - comme l'artiste et ethnologue, René-Yves Creston et l'ethnologue aventurière, Odette du Puigaudeau - sont ignorés des institutions municipales depuis trop longtemps alors qu'ils sont honorés dans d'autres villes bretonnes. Est-ce un hasard si l'un des grands skippers des années 1960, Loïc Fougeron, parle dans ses mémoires du Vieux Saint Nazaire de son enfance où l'attraction de la mer est omniprésente. Plus généralement, c'est l'histoire de Saint-Nazaire qui doit être revisitée comme le fait l'historien André Daniel. Il renouvelle notre vision de Saint-Nazaire avec son œil de géographe. Je conseille la lecture de son livre (1) qui est indiscutablement le meilleur ouvrage sur l'histoire de Saint-Nazaire.

1- Attention ! Un Saint-Nazaire peut en cacher un autre ! Histoire archéologique et géographie historique d'un site breton, André Daniel, Keltia Graphic, 2002

Hubert Chémereau,

Président du Centre de Recherche & Diffusion de l'Identité Bretonne de St-Nazaire

Membre du Conseil scientifique et de prospective du Parc naturel de Brière