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18/11/2010

John Maxtone-Graham nous conte la vie du liner France / Norway

John Maxtone-Graham publie à New York et Londres un magnifique livre sur le France/Norway. Dans le même format que pour son livre publié en 2007 sur le Normandie, on retrouve cette qualité iconographique à laquelle la maison d'éditions Norton nous a habitués. Le Centre de Recherche & Diffusion de l'Identité Bretonne - CREDIB Sant-Nazer – a étroitement collaboré avec l'historien newyorkais pour lui apporter documents et témoignages inédits sur le paquebot France, chef d'œuvre de l'architecture navale bretonne.

Nous reproduisons, avec l'aimable autorisation de son auteur, le passage sur le départ du France qui a été magnifiquement traduit par Yvette Daniel. John Maxtone-Graham est plus qu'un historien maritime, c'est une belle plume qui plonge dans la richesse et les subtilités de la langue anglaise, nourries par sa double culture, écossaise et américaine. Sa description de l'atmosphère qui entoure le départ du France, disant adieu au pays breton qui l'a vu naitre, nous rappelle le légendaire celtique. Heureux lecteurs anglophones !
Hubert Chémereau

FranceNorway.jpg

France / Norway
John Maxtone – Graham
Chapitre 4 page 69
Le départ du France déclenchait de grands émois d'adieux. Chaque fois que les bâtiments construits à Penhoet partent pour les océans du monde, ils disparaissent. Les paroles de De Gaulle lors du lancement du navire hantaient tous les Bretons " France va épouser la mer "…
Juste avant le départ, Saint Nazaire avait l'air en fête. Des hordes, pendant les mois d'été avaient anticipé l'événement, et envahi la ville .Les rues, les trottoirs, les hôtels, les restaurants étaient bondés. Le bureau de poste vendait des milliers de timbres souvenirs du France. Hubert Chémereau, alors âgé de quatre ans, se souvient très bien d'une soirée concert d'airs bretons joués sur le quai de Penhoet par le Bagad de Lann Bihoué.
Une fièvre préparatoire s'était emparée de tous ceux qui partaient . Le dernier soir, une réception était organisée à l'Hôtel de Ville pour les officiers et l'équipage. Mais peu de membres du personnel du France pouvaient y consacrer plus que le temps d'un verre symbolique. La priorité était aux préparatifs de la traversée. Les officiers faisaient leurs adieux à leurs logeuses bretonnes, hissaient leurs bagages à bord et allaient rendre leurs voitures de location. Des hommes d'équipage se pressaient sur les passerelles , bardés de leurs sacs, et croisant des files d'ouvriers avec leur boite à outils sur l'épaule.
Finalement c'est le Commandant Georges Croisile qui était aux commandes. Le Commandant Le Huédé, retraité, était revenu pour le départ et les essais. Gustave Anduze-Faris, président directeur général de la Transat, représentait la compagnie.
A 14 heures 07, le 19 novembre, la porte du caisson qui emprisonnait le navire et ses remorqueurs dans la forme Joubert coulissa lourdement pour s'ouvrir. Le temps était couvert et froid, avec seulement quelques rayons de soleil capricieux perçant éventuellement le ciel sombre. Sur toute la descente de l'estuaire port et navire étaient enveloppés d'un gris uniforme, ciel et mer, comme si une toile spectrale enveloppait ce qui ressemblait à un navire fantôme avançant inexorablement et mystérieusement vers la mer.
Tous les bassins, toutes les jetées, tous les caps étaient envahis, la jetée de Mindin "noire de monde ". Les routes, le long des rives, étaient pleines d'un trafic ininterrompu de phalanges d'automobiles circulant parallèlement au navire. Les rivages étaient couverts de voitures, où les familles s'abritaient du mauvais temps. Certains avaient dormi là, dans leurs autos, pour se réserver les places au premier rang. Une flotte de spectateurs avait envahi l'estuaire, des bateaux de guerre, des remorqueurs, des plaisanciers, la flottille des adieux : Kenavo, en breton. La sirène du France retentit plusieurs fois dans la brume, comme le tocsin obsédant d'un départ regretté. L'humeur à terre était aussi douce amère que ces signaux. Les Chantiers Navals doivent assurer l'emploi continu de leurs ouvriers , et la livraison d'un navire terminé déclenche un malaise..Quel allait être le prochain navire ? ce serait le Shalom, pour Israeli Zim Lines, de beaucoup plus petite envergure.
On ne peut pas trop insister sur la fidélité des Bretons dans leurs visites aux Chantiers de l'Atlantique. Ils sont d'abord venus pour voir la construction, puis pour voir le lancement du G 19, puis, autour de la Forme Joubert, lorsque les hélices du France furent mises en place. Et, en ce jour, ils étaient à nouveau présents, ensemble, par milliers, pour un regard d'adieu à leur navire.
Peu d'entre eux étaient des passagers en puissance. Une traversée de l'Atlantique nord, même en classe touriste, est très au dessus des moyens de la classe ouvrière française. Pourtant leur investissement pour ce bateau était d'une intensité bien supérieure encore à celle de fans et de grands amateurs. C'était une dévotion quasi religieuse à la Bretagne, et à tous les bateaux façonnés avec le cœur et les mains des Bretons, qui les consumait. Le sang breton est fait d'eau salée avec des traces de chêne, de toile, de teck, de chanvre, de cuivre, d'acier, de fer et de bronze.
A mesure que le France disparaissait , des gorges se serraient et des larmes coulaient. Partout où ce bateau ira, Le Havre, Southampton, New York, Singapour, Miami, Bergen ou Along, ses liens impérissables avec la Bretagne perdureront à jamais.

Breton blood is made up of salt-water and trace elements of oak, canvas, teak, hemp, brass, steel, iron, and bronze.

As France vanished, voices choked and tears were shed. Wherever she sailed, whether Le Havre, Shouthampton, New York, Singapore, Miami, Bergen, or Alang, her imperishable Breton bonds would endure forever.

  John Maxtone-Graham

John Maxtone-Graham, France / Norway, 224 pages, W.W. Norton, New York – London, 60 €

10:18 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0)

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