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19/10/2010

Une résistance bretonne contre Henri IV

Claude Devallan ramène à la surface de l'histoire de Bretagne une affaire qui a pour cadre les années 1590, quand la Bretagne avait retrouvé provisoirement une indépendance de fait et menait une guerre sans merci contre les troupes françaises. Le 4 novembre 1598 le château de Corlay est pris par une petite troupe de pillards et repris le lendemain. Trois semaines après l’assaut, le chef Thomas D. a la tête tranchée. L’investigation nécessite, en l’absence des documents disparus, d’extraire de la littérature la réalité historique bretonne de la dernière décennie du XVIe siècle. 

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Au fur et à mesure de ses recherches l’auteur élucide les mystères qui entourent cette affaire. Le vol n’est pas le but de la prise du château. Le plus étonnant est l’intervention du roi Henri IV et de son lieutenant-général Brissac qui décide de la sentence et qui transforme ce vol supposé en crime de lèse-majesté. On ne peut comprendre la brutalité du «bon roi Henri», qui est alors «Henri le cruel» pour les Bretons, que par sa volonté farouche de soumettre ce peuple rebelle à la couronne de France. Cette soif de liberté du peuple breton est mise alors à profit par le duc de Mercoeur, marié à une descendante d'une grande famille ducale bretonne, les Penthièvre, pour revendiquer pour son compte les droits sur la couronne de Bretagne. Les historiens décrivent alors ainsi l'état d'esprit des Bretons : « Les troubles du siècle finissant réveillaient en Bretagne le sentiment de l'indépendance nationale».

En 1588, pour étouffer dans l'œuf la résistance bretonne, les troupes de Henri IV avaient tenté sans succès de débarquer à Saint-Nazaire. Mercoeur est lui reçu en libérateur à travers toute la Bretagne et particulièrement à Nantes, l'antique capitale de l'État breton. Rennes est par contre farouchement opposée à Mercoeur et penche du coté du pouvoir royal français. Le souverain espagnol, Philippe II, qui n'a pas reconnu l'annexion de la Bretagne par le royaume de France à travers le traité d'union de 1532, envoie des troupes qui débarquent en 1590 à Saint-Nazaire. La position stratégique de la Bretagne est d'une plus haute importance pour l'Espagne dans sa lutte contre la montée en puissance de son voisin français. En 1598 après avoir noyé dans le sang la résistance bretonne, Henri IV, pour assoir sa légitimité et son autorité, va choisir Nantes, cœur de la Bretagne rebelle au pouvoir français, pour la signature de "l'Édit de Nantes", dit alors « Édit de pacification ». Cet édit a été rédigé à Angers ( la grande cité française du Val de Loire qui fait traditionnellement face à la puissance bretonne incarnée par Nantes ) après l'accord préalable de Mercoeur, gouverneur de Bretagne, qui s'efface contre l’attribution de quatre millions de livres, soit le quart des dépenses annuelles de l'État royal. Le livre de Claude Devallan nous donne matière à réflexion sur la manipulation de notre histoire. Certains politiques ne sont pas en reste dans cette instrumentalisation de l'histoire. En effet on peut lire par exemple dans un grand quotidien rennais (1) relatant l'inauguration en 2008 du 3e Forum Mondial des Droits de l'Homme : En souhaitant aux congressistes la bienvenue à Nantes, il rappelle aussi que le nom de cette ville est à jamais associé à l'édit de tolérance religieuse que le Roi Henri IV promulgua en 1598. « Ce fut un acte politique fort pour imposer aux nobles de province la fin des persécutions, de la guerre et de l'intolérance. On ne peut qu'être frappé par la modernité de cet acte fondateur », juge le député-maire de Nantes. Sans commentaire ...

Keltia Graphic, 180 p. , 16,90 €

(1) Edition de Nantes du 1er juillet 2008