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21/12/2009

La grande aventure du cabotage britto-gallois 1850-1950

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Les Bretons ont l’habitude, pour évoquer une Bretagne dynamique et riche, de prendre l’exemple de la fin de la période de l'Etat  breton. La Bretagne d’alors est ouverte sur l’Europe par ses nombreux ports qui facilitent les échanges économiques. A contrario, les périodes de déclins qui ont suivi sont associées à un repli dans les limites d’une France terrienne. Cette présentation  quelque peu caricaturale doit être largement nuancée et l’histoire des échanges économiques entre la Bretagne et le Pays de Galles au cours d’une période à cheval sur les deux siècles passés en apporte la preuve.

Le CREDIB est à la recherche de témoignages et documents liés à cette aventure maritime et humaine qui toucha de nombreuses familles bretonnes et galloises jusque dans les années 1950.

Le sujet du cabotage ouvre des perspectives d’étude très larges. Le charbon, carburant de la révolution industrielle, est au centre de ces échanges et le cabotage en est le vecteur le plus économique, parfaitement adapté à la situation géographique de la Bretagne. Cette histoire concerne l’ensemble du territoire de la Bretagne…et aussi le Pays de Galles. Le projet né en 2007 d’une recherche sur les forges de Trignac s’étend aujourd’hui à bien d’autres lieux de Bretagne dont l’histoire est liée à ce cabotage : Nantes, Saint-Nazaire, Pornic, Redon, Vannes, Auray, Lorient, Hennebont, Loctudy, Lannion, Saint-Brieuc, Saint-Malo, etc.

Sant-Nazer, le port breton qui eut le plus de liens

avec le Pays de Galles

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Le département de Loire-Atlantique, avec ses deux grands ports: Nantes et Saint-Nazaire et le complexe industriel de la Basse-Loire, a été - des années 1850 aux années 1930 - au cœur du cabotage entre le Pays de Galles et la Bretagne lié au charbon gallois. Rappelons que le développement de l'industrie dans la Basse-Loire doit beaucoup à l'apport des Britanniques et spécialement des Gallois.

10:50 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

04/12/2009

Armand Gatti et la MJEP dans les « années de Breizh »

A l'occasion de la sortie du livre Ces canards qui volaient contre le vent Armand Gatti à Saint-Nazaire qui retrace l'aventure culturelle de Gatti et de sa « Tribu » (septembre 1976-février 1977) on a pu entendre et lire beaucoup de choses sur le Saint-Nazaire de l'époque. Par contre on n'a rien lu sur l'expérience de la MJEP (Maison des Jeunes et de l'Éducation Permanente) qui, dans les années 1970, fut un espace de liberté formidable, en particulier pour les jeunes du pays nazairien. On ne peut que saluer la mémoire d'Etienne Caux, maire de Saint-Nazaire jusqu'en 1982, qui engagea la municipalité dans cette expérience. Rendons aussi hommage au directeur de la MJEP de l'époque, Gilles Durupt, pour un esprit d'ouverture qui contraste fortement avec la culture encadrée du Saint-Nazaire 2009.

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Les jeunes étaient alors les acteurs directs de la programmation artistique et avaient la possibilité d'exprimer leurs engagements politiques. On trouvait une presse très militante. En toute liberté, des groupes montaient et jouaient des pièces ayant pour thème les marais salants menacés par les promoteurs ou sur l'école. Les murs de la MJEP témoignaient régulièrement de cette effervescence, avec des affiches de soutien aux prisonniers politiques bretons et basques, contre la prison de Long Kesh en Irlande du Nord, la lutte des Indiens d'Amérique, contre les projets d'EDF au Pellerin et à Erdeven, pour les insoumis au service militaire, la liberté des femmes ou la lutte des paysans travailleurs.

La culture bretonne avait alors toute sa place avec des cours de breton. Les cours de danses bretonnes de Georges Paugam étaient très fréquentés. C'était un excellent pédagogue qui, comme militant breton et cégétiste, avait une approche « révolutionnaire » en expliquant la danse étudiée dans son contexte socio-culturel avec le visionnage de films qu'il avait tournés avec sa femme aux quatre coins de la Bretagne. Il racontait malicieusement qu'en ses « années de Breizh », il y avait souvent des actions du FLB dans les secteurs où il avait fait quelque temps auparavant son travail ethnologique. C'est aussi à la MJEP qu'a mûri le projet du lycée Expérimental autour de débats très riches. Celui ou celle qui n'a pas vécu cette expérience a du mal à le croire, tellement on est aujourd'hui aux antipodes de ces années-là. C'est vrai que le discours officiel veut que le Saint-Nazaire d'avant les années 80-90 fût triste et sans beaucoup de vie culturelle...

Nombre d'habitués de la MJEP ont ressenti la venue de Gatti et de sa troupe la « Tribu » comme l'arrivée d'une culture parachutée très « parisianiste » qui portait en germe la volonté de contrôle de la vie culturelle nazairienne par les politiques. Comme le rappelle un témoin de l'époque « Les tirages autour de Gatti et sa "Tribu" entre les deux grands partenaires de gauche à la municipalité mirent en lumière cette volonté de mainmise institutionnelle sur la marmite culturelle nazairienne ». Pour d'autres « C'était une entreprise de division des masses populaires. Un moyen de détourner des vrais problèmes ». Alors qu'à l'origine les communistes avaient dénoncé cette « entreprise de division de la classe ouvrière », ils ont fini par applaudir cette opération politiquement correcte qui fut finalement tournée en dérision par les libertaires.

La problématique de Gatti et sa « Tribu » était tournée vers le soutien aux dissidents d'URSS et la dénonciation de la psychiatrie du régime soviétique. Il n'y avait pas de place pour la question bretonne qui était pour eux hors sujet ! Un militant breton qui posa un jour une question sur le problème des nationalités à Léonid Pliouch qui affirmait son identité ukrainienne, avait été regardé par nos maîtres à penser comme un Martien. On sentait bien que pour eux cela ne faisait pas partie de l'expérience. Le grand leader syndical nazairien, Paul Malnoe, le dit pourtant clairement dans la vidéo restaurée 30 ans plus tard où, devant des photographies qui retracent les luttes ouvrières depuis les années 1930, il déclare pour expliquer le contexte socio-culturel local « La région nazairienne c'est la Bretagne !».

Tracts distribués en ville et à la MJEP – Archives CREDIB -

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Lors de la rafle anti FLB de janvier 1977, un groupe important tenta d'intervenir pour dire que la répression n'était pas qu'en URSS mais aussi ici en Bretagne. Leur demande ne fut pas prise en compte par l'équipe de Gatti. Et pourtant les arrestations de militants bretons dont celle d'un prof de Saint-Nazaire provoqua le siège du commissariat de la ville par une soixantaine de personnes selon la presse. L'équipe des cinéastes de Gatti ne filma pas cette colère nazairienne... Les policiers s'étaient retranchés dans le commissariat pour repousser la prise d'assaut par des jeunes criant « libérez nos camarades » ou « Bretagne libre ». Des petits malins avaient coincé les avertisseurs des voitures de la police. Un solide gaillard pris dans cette ambiance survoltée avait tenté de forcer la porte. Dans Ouest-France on pouvait lire « La dislocation du rassemblement eut lieu vers 22 h 30 sans qu'il y ait incident : seul le bris d'une vitre du commissariat est à signaler ». Dans un tract un appel à une réunion à la MJEP été lancé pour organiser la riposte. Début février, lors de la venue de Boukovski, qui venait remercier les Nazairiens pour leur soutien à sa sortie de l'enfer psychiatrique soviétique, des tracts pour que les droits du peuple breton soient aussi pris en compte étaient distribués à l'entrée d'une MJEP pleine à craquer. Sous la plume de Marc Kravetz,Le journal Libération rapporta avec une certaine condescendance que la question basque s'invita aussi, sans plus de succès. Combat Breton 17 1977.jpg


Cet épisode de la vie nazairienne montre qu'il est nécessaire que les Nazairiens se réapproprient leur propre histoire. Ils ne peuvent être spectateurs d'une histoire culturelle et sociale de leur ville qui serait réécrite par les institutions et leurs relais en place.

Remerciements à tous les acteurs de la MJEP qui ont donné leur témoignages.


Le mensuel Combat Breton de janvier 1977 dénonçant la répression de l'Etat français en Bretagne. Journal dans lequel écrivaient plusieurs Nazairiens habitués de la MJEP – Archives CREDIB -

16:01 Publié dans culture | Lien permanent | Commentaires (4)