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02/10/2008

Jules Verne, le monde celtique et la mer

 

Institut Culturel de Bretagne, 2006 (13 euros)

Publication CREDIB / ICB ouvrage collectif

Les auteurs : Yvonig Gicquel, Hubert Chémereau, Yannick Guin, André Daniel, Jean Chesneaux, Jean-Yves Paumier, Jean Cevaer, Daniel Sicard et Daniel Houguet.

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Extrait : Les voyages maritimes d’un Breton universel par Hubert Chémereau

Jules Verne s’affirmait volontairement Breton, comme nous le rappelle cette citation publiée dans Mc Clure’s Magazine (janvier 1894) « Nous les Bretons nous sommes un peuple de Clan ». C’était indiscutablement un Breton « penn da benn ! » à l’image de l’environnement maritime de son enfance et des parfums exotiques du port de Nantes qui allaient stimuler son imagination et favoriser une âme de voyageur.

Avec l’Institut Culturel de Bretagne il nous a tout suite semblé évident d’associer le Monde Celtique et la Mer, tant ces univers géographiques, culturels et littéraires sont présents dans l’œuvre de Jules Verne. Les aventures des héros de l’écrivain breton nous renvoient-ils pas aussi à la tradition arthurienne de la quête initiatique du Graal ? L’ouverture planétaire du champ de vision vernien, pour reprendre les mots de Jean Chesnaux (1), n’est-il pas aussi un trait commun aux peuples celtes ? La place centrale de l’île dans les romans de Jules Verne n’est-elle pas une autre manifestation de cette imprégnation celtique (2)? Pourquoi tant de noms dans la toponymie vernienne ont-ils une résonance celtique ? Pourquoi trouve t-on autant de personnages celtes dans ses romans (3) ? A elles seules, ces quelques interrogations nous font toucher du doigt tout l’intérêt de ces « Rencontres de Saint-Nazaire ».

Nous avions déjà évoqué Jules Verne à l’occasion du colloque sur les liens entre l’estuaire de la Loire et la Clyde(4) dans la construction navale à travers les travaux de Johnston F. Robb sur «La dynastie des Scott 1711-1978», constructeurs de navires à Greenock. Le dernier directeur des chantiers Scott parle ainsi dans sa thèse de l’aventure de John Scott en Bretagne en 1862 commencée sur la presqu’île de Penhoet à Saint-Nazaire, au moment où Jules Verne était en train d’écrire ses fameux romans. Dans Le rayon vert (1882) Jules Verne fait d’ailleurs une description très précise de la Clyde et « de ses vastes docks destinés à la construction des navires en fer » et présente Greenock, la ville de John Scott, où se pressent des centaines de navires dans les bassins comme « l’antichambre industrielle et commerciale de Glasgow ». Le Nautilus (Vingt milles lieues sous les mers 1870) est construit en plusieurs parties dans différents lieux, de la Prusse à la Suède en passant par New-York, Liverpool et … dans la Clyde, avant d’être assemblé secrètement par la capitaine Nemo et ses compagnons. Ainsi c’est le chantier Scott (5) qui est le maître d’œuvre de la partie écossaise, à savoir l’hélice du célèbre sous-marin. Quand la fiction rejoint la réalité : à partir de 1913, les chantiers Scott de Greenock allaient devenir un grand centre de construction de sous-marins (6) comme leur homologue breton, les chantiers nantais Dubigeon.

Pour en rester au monde des navires dans Une ville flottante (1871), Jules Verne décrit avec l’œil de l’ingénieur, le transatlantique géant, Great Eastern, sur lequel il s’était rendu aux Etats-Unis en 1867. Lors d’un séjour à Londres en 1859, Jules Verne visita une première fois le Great Eastern en cours d’armement. La construction de ce monstre marin né de la folie créatrice d’Isambard Kingdom Brunel, ingénieur génial et pour le moins original ne pouvait que fasciner un homme comme Jules Verne. On trouvait là encore un grand ingénieur écossais, John Scott Russell (7) qui fut chargé dans ses chantiers de Millwall de la construction de ce navire, véritable défi technique, financier et humain.

Dans Vingt milles lieues sous les mers, Jules Verne nous montre encore sa grande connaissance du milieu maritime avec sa description de la Compagnie Cunard dont il salue la gestion intelligente et le rôle dans les innovations technologiques en matière navale. Ce n’est pas un hasard si devant le succès mondial de  Tour du monde en 80 jours (1873) qui paraissait sous forme de feuilleton, les compagnies britanniques Cunard et White Star, qui se livraient une guerre commerciale sans merci, tentèrent en vain, chacune de leur coté, de convaincre Jules Verne d’attacher leur nom à ce roman. Remarquons au passage que les paquebots sont avec les cargos, les navires les plus présents parmi les centaines de bateaux de tous types qui peuplent son œuvre.

Cette mer si chère à Jules Verne, c’est à St.Nazaire qu’il l’aurait découverte la première fois à l’été 1840 avec l’épisode de son débarquement au pied du rocher, où avec son frère Paul il va goûter l’eau qui à son grand étonnement n’est pas salée car on est à marée basse. Il aura à cette occasion découvert un bourg de pilotes, pittoresque avec son église au clocher penché construite aux abords du fort médiéval du célèbre Capitaine Jean d’Ust, héros de la Bretagne indépendante. Personnage historique qui a n’en pas douter aurait fait, s’il avait été Ecossais, un héros de l’œuvre de Walter Scott, écrivain qui influença tant notre Nantais.

Dans le Superbe Orénoque qui est un grand roman maritime, sont mis en scène les aventures de «deux Bretons, deux Nantais», comme les présente Jules Verne, qui vont rejoindre le Venezuela pour retrouver un autre Breton, le colonel de Kermor en s’embarquant « à St.Nazaire, sur le Pereire, Paquebot de la Compagnie Générale Transatlantique, à destination des Antilles ». Jules Verne à travers ces lignes nous rappelle l’importance des liaisons entre Saint-Nazaire - Cuba - Vera Cruz, lignes (8) qui sont à l’origine du lancement dans les années 1860 du grand port breton. Si les dernières lignes de roman nous ramènent « en Bretagne, à Saint-Nazaire, à Nantes », on trouve à plusieurs reprises des allusions à sa patrie bretonne comme cette réflexion du sergent Martial au sujet de la musique des roches sonores célèbres au Venezuela « ça vaut pas le biniou de notre Bretagne ». Dans ce grand roman d’aventure tout nous rappelle l’esprit et le souffle de ses grands confrères écossais, Walter Scott et R.L. Stevenson, ainsi que l’esprit breton avec cette présence de la terre natale, cette soif d’aventures, de découverte de nouvelles contrées, de recherche d’absolu, bref, de liberté.

(1) Jules Verne , un regard sur le monde, Bayard Editions, 2001. Ce livre est la refonte de Jules Verne, une lecture politique, Maspero, 1971.

(2) L’île qui a une importance spirituelle chez les Celtes et une place particulière dans leur mythologie est véritablement en lui avec l’île Feydeau où il né.

(3) Dans sa biographie « Yo, Julio Verne », Edition Planeta, 2005, l’écrivain espagnol J.J. Benitez compte pas moins de 119 personnages celtes dans 56 romans.

(4) De la Clyde à Saint-Nazaire, les liens Bretagne-Ecosse dans la construction navale acte du colloque CREDIB-ICB du 29 novembre 2003.

(5) Extrait 20.000 LIEUES SOUS LES MERS p. 122 « son hélice chez Scott, de Glasgow… » 

(6) Les chantiers Scott construisirent entre 1913 et 1978 un total 42 sous-marins. Les sous-marins de poche qui étaient une des spécialités de la maison Scott s’illustrèrent durant la deuxième Guerre Mondiale au service du S.O.E . dans des opérations comme l’opération Fortitude. Les sous-marins Scott acquirent la réputation d’être très silencieux comme l’atteste cette opération dans le Pacifique en 1959 où l’un d’eux au service de la Royal Navy réussit l’exploit de faire surface au milieu de la flotte de l’U.S. Navy sans être repéré.

(7) John Scott Russell (1808-1882), né à Glasgow, est l’un des pères de l’architecture navale britannique de la révolution métallique. Après une première expérience dans la Clyde il se lança dans la création de son propre chantier dans l’estuaire de la Tamise.

(8) Jusqu’à une époque contemporaine de ce roman, la compagnie espagnole Compañia Trasatlántica (Santander, Cantabrie) qui était la concurrente directe de la Compagnie Générale Transatlantique sur ces lignes, protesta vivement contre la concurrence déloyale que lui faisait la compagnie française en lui prenant nombre de clients dans le sens Amérique - Europe en raison de la quarantaine obligatoire de 8 jours imposée par l'administration espagnole. C'est ainsi qu'un nombre signifatif de passagers espagnols passaient par Saint-Nazaire pour rentrer dans la péninsule ibérique. Même avec un voyage en train Bretagne-Espagne, ils gagnaient au minimum 5 jours en évitant une quarantaine dans le port galicien de Vigo.

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